• Agir pour penser

    "Faire agir pour faire penser…"

    Belle formule empruntée à S. Rome dans son article "Pour une pédagogie ordinaire" , article dont je vous recommande la lecture...

    Je retrouve dans cette formule une de mes préoccupations depuis que l'aide aux élèves en grande difficulté occupe une bonne partie de mon temps.

    Instit ordinaire et pragmatique, je fais, fais faire et observe...

    Et depuis quelques années je défends sans écho (je prêche dans le désert, suis trop ordinaire ;-) une même idée:

    la pensée se construit sur le faire (l'expérience) et sur le langage, et le langage sur l'accueil de la parole  !

    Ce serait une banalité, si nous n'étions confrontés à de plus en plus d'élèves sans expérience et sans langage !

    Phénomène en expansion ! Enfants peu sollicités !

    L'école Maternelle et Maternante de l'époque des IEN spécialisés cherchait à pallier ces déficits en multipliant les expériences, les manipulations, en mettant des mots sur le faire… pour chercher à engager progressivement les enfants dans l'abstraction.

    Les IEN "élémentaires" forts de leurs certitudes et imprégnés de l'absolue nécessité d'emmener les élèves vers des savoirs essentiels - lecture, math - ont importé à l'école maternelle des pratiques trop vite abstraites. On voit aujourd'hui beaucoup d'élèves perdus dans l'accès à la symbolisation !

    Ah les math et tous ces signes sans sens !

    J'écoutais récemment une élue nous expliquer, à propos des activités périscolaires, que l'école avait autre chose à faire qu'enseigner les claquettes …

    Revenir à l'essentiel: apprendre à lire et à compter!

    Dit comme ça, évidemment , on ne saurait être en désaccord ! Si le rôle de l'école se situe bien là, on peut émettre quelques réserves sur les chemins à emprunter ! 

    La compréhension en lecture n'est pas qu'une somme de savoirs mécaniques et procéduraux! Elle repose aussi sur la culture , sur des univers linguistiques qui ne peuvent se développer que dans la multiplicité des expériences.

    Pour s'en convaincre, il suffit de proposer hors contexte  l'un des exercices issu d'un travail très fouillé et qui fait référence dans la profession depuis que la pédagogie explicite envahit nos classes…  "Je lis, je comprends" (groupe de prévention de l'illettrisme d'Orléans). 

    Agir pour penser

    Exercice parfaitement impossible, malgré la multiplicité des indices, pour qui n'a aucune connaissance de cet univers culturel. Lire et comprendre, c'est mettre en lien une multitude d'informations que la vie nous apporte progressivement, sous différentes formes, … Les familles aisées qui offrent à leurs enfants une multitude d'expériences l'ont bien compris !

    À vouloir trop vite être efficace, on crée la difficulté ! Ne dit-on pas que la pédagogie  est l'art de la patience !

    Est-ce l'une des raisons qui poussent de plus en plus de parents à se tourner vers des écoles alternatives!

    Une école Montessori vient d'ouvrir ses portes à BELFORT !

    « BELFORT49% des directeurs agressés »

  • Commentaires

    1
    Celia Guerrieri
    Lundi 28 Avril 2014 à 11:57

    Intéressant billet auquel je souscris. Je le retrouve en lycée également: certains textes présentent des expériences de vie auxquels certains adolescents n'ont pas été confrontés. Du coup, ils ne peuvent comparer à une expérience personnelle et donc élaborer les enjeux du texte. Toutefois, arrivés en lycée, ce n'est plus nécessairement une question d'univers culturel.

    Je prends pour exemple des textes qui traitent de la rencontre avec l'Autre: le fameux "Comment peut-on être Persan?" de Montesquieu, le Tahitien de Diderot ou les Cannibales de Montaigne. Or, j'ai pu constater que des élèves, quelles que soient leurs origines sociales et culturelles, qui venaient d'une famille fermée sur elle-même et ses pairs, avaient les plus grandes difficultés à comprendre les notions qui émanaient de ces textes. Et cela pouvait concerner tout autant un milieu petit bourgeois qu'un milieu d'ouvriers immigrés! Des textes autour de la vieillesse leur sont tout autant éloignés. On pourra bien sûr blâmer le narcissisme propre à l'adolescence. Cet adolescent qui ne s'imagine pas vieillir... N'avons-nous pas tous vécu cela?

    Je pense souvent à cette phrase de Fénelon qui disait que l'enfant apprend en pouvant faire des comparaisons avec ses propres expériences. Or, plus l'enfant (ou l'adolescent) est protégé, plus il est dans un milieu qui n'évolue que dans ses propres cercles et habitudes, moins il est à même de saisir les nuances d'un texte, nuances qui s'élaborent ensuite dans la classe avec la prise de parole collective où chacun apporte une bribe d'expérience pour construire le sens.

    Quelle tristesse! Certains de mes élèves n'ont finalement de contact avec certaines expériences de vie qu'à travers ces textes. Et il leur devient alors tellement facile de ricaner, de dire que c'est "n'importe quoi, ce texte!"

    Et se pose alors la question: est-ce que je veux qu'ils puissent débiter le jour de l'oral toutes les figures de style et autres procédés qui se trouvent dans un texte ou est-ce que je veux que le jour de l'oral ils puissent montrer qu'ils ont saisi le texte et ses enjeux et l'ont intégré à une réflexion personnelle? On retrouve l'interrogation qui se pose en primaire évoquée dans ce billet: la question des savoirs mécaniques et procéduraux (pourtant nécessaire) mais aussi la culture et les univers linguistiques.

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