• Devoirs du soir, bonsoir !

    Sujet polémique s’il en est ! Mais pourquoi s’interdire les polémiques positives ?

    Je me propose d’ouvrir dans notre école un débat  sur les devoirs (écrits ou non)  à la maison: provoquer le questionnement pour amener au doute pédagogique !

    Devoirs, mais qu'est-ce qu'il faut faire ?

    Interdits ou non ?

    Les devoirs écrits sont-ils réellement interdits ?

     

    Il y aurait eu 6 rappels à l’ordre entre 1956 et 1995. : 62, 64, 71 , 86, 90

    L’arrêté de 1956 est sans équivoque : “Si

     

    « Six heures de classe bien employées constituent un maximum au-delà duquel un supplément de travail soutenu ne peut qu'apporter une fatigue préjudiciable à la santé physique et à l'équilibre nerveux des enfants. Enfin, le travail écrit fait hors de la classe, hors de la présence du maître et dans des conditions matérielles et psychologiques souvent mauvaises, ne présente qu'un intérêt éducatif limité.          

    En conséquence, aucun devoir écrit, soit obligatoire, soit facultatif, ne sera demandé aux élèves hors de la classe. Cette prescription a un caractère impératif et les inspecteurs départementaux de l'enseignement du premier degré sont invités à veiller à son application     stricte. Libérés des devoirs du soir, les enfants de 7 à 11 ans pourront consacrer plus aisément le temps nécessaire à l'étude des leçons.” 

     

    On peut encore lire dans une  instruction de 71 qu’ "il reste interdit dans l'enseignement élémentaire de donner des travaux écrits à exécuter à la maison ou en étude"

     

    « À la sortie de l'école, le travail donné par les maîtres aux élèves se limite à un travail oral ou à des leçons à apprendre.” 

     

    Mais voilà, selon le Café Pédagogique, "même les IEN ne sauraient plus vraiment  si les devoirs écrits à la maison sont interdits ou non!"

     

    En effet, une circulaire de 94 qui abroge (à vérifier) les précédentes « maintient l’interdiction  au motif qu’il existait, sur le temps scolaire, un temps réservé aux études dirigées et aux devoirs.

     

    Or ce temps, qui n’était pas déterminé dans les programmes de 2002, a complètement disparu des horaires et des programmes de 2008.

     

    Faut-il ou non en déduire que les devoirs qui pouvaient être faits sur le temps d’étude dirigée inclus dans la journée scolaire peuvent l’être sur le temps d’étude qui suit la journée scolaire ?

    Sur le plan réglementaire, la réponse devrait être clarifiée."

    Cela a-t-il été fait ces dernières années ? Je n’en ai pas souvenir !

     

    Pour ou contre , chacun a une idée bien arrêtée sur la question et on trouvera sur le net tout ce qu’il faut pour alimenter cette polémique.

    Force est de constater que les circulaires successives n’ont jamais été appliquées : parents d’élèves et enseignants y resteraient massivement favorables, même si on entend ici ou là quelques voix discordantes !

     

    Je suis pour ma part pédagogiquement favorablesous certaines conditions – aux devoirs du soir. Pour des raisons que je ne développerai pas ici, l’école ne dispose plus du temps nécessaire permettant d'offrir aux enfants qui en ont le plus besoin, l’entraînement indispensable à l’automatisation de certains savoirs

    Plus assez de temps pendant le temps scolaire, il faut trouver du temps ailleurs !

    Même si c’est en contradiction avec tout ce que je pense des rythmes scolaires !

     

    De toute façon, chers et rares lecteurs, je veux échapper à la polémique et prendre acte : les devoirs écrits perdurent ! Les devoirs oraux et les leçons restent autorisés !

    Alors ?

    Comment faire pour que devoirs et leçons ne soient pas aussi discriminants, et éviter qu’ils finissent par pénaliser , un comble, ceux qui ont le plus besoin d’école !

    Renvoyer à la maison une partie du travail scolaire, en sachant que certains enfants ne peuvent avoir aucune aide, (pour mille et une raisons)  c’est les condamner à ne pas faire ce qui paraît pourtant indispensable au maître !

    Cet état de fait devrait donc amener tout enseignant soucieux de chacun de ses élèves  à se questionner sur ses pratiques dans ce domaine.

    Faut-il le rappeler ? Les enfants ne sont pas responsables de leurs parents  qui eux-mêmes ne sont pas toujours responsables de leur incapacité à aider!

    Au-delà de la polémique, je voudrais m’appuyer sur une phrase lourde de sens, perdue dans le verbiage des propositions de socle commun !

     

    « L’école ne doit pas évaluer ce qu’elle n’enseigne pas ! »[1]

     

    Qui peut s’élever contre une prescription marquée d’un tel bon sens ?

    C’est pourtant ce que l’on fait bien souvent, en exigeant des élèves qu’ils sachent leur leçon sans avoir donné de clés méthodologiques 

     

    Apprendre une leçon, ça s’apprend , et ça s’apprend … en classe !

     

    Et même la conduite résolue de cet enseignement ne dispense pas définitivement le maître d’une analyse de ce qu'il propose: la leçon donnée est-elle « apprenable » ?

    - N’est-elle pas trop longue, dans des phrasés trop éloignés de la pratique langagière de nos élèves ?

     - La leçon est-elle porteuse de sens pour l'élève ? Est-elle issue d’une construction en classe ?

    - Est-elle adaptée au niveau d’appropriation de l’écrit de nos élèves en délicatesse avec la lecture ? N’y a-t-il pas d’autre moyens de formaliser un savoir ?

    - Sommes-nous explicites sur les attendus : restitution par cœur ou reformulation ?

     

    On pourrait  mener le même questionnement sur les devoirs écrits !

     

    Des collègues favorables aux devoirs contournent l’opposition parfois virulente de certains de nos parents d’élèves en rendant les devoirs écrits … facultatifs ! Ainsi, plus de problème ! Font ceux qui veulent faire, s’abstiennent   ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas faire! Tout le monde est satisfait !

     

    Le texte de 1956 prévoyait déjà les contournements possibles de ses prescriptions en précisant qu’aucun devoir « facultatif » n’était autorisé !

    On peut comprendre cette stratégie d'évitement, tant il est difficile, dans ce domaine, de résister aux pressions parentales (trop ou trop peu, impossible de satisfaire tout le monde !) , mais peut-on imaginer pratique plus discriminante ?

     

    Si ces entraînements sont jugés indispensables par le maître au point de les proposer le soir après la classe, alors on ne peut se satisfaire de leur côté facultatif.

     

    On ne devrait jamais, dans ce domaine,  confronter les élèves à l’impossible ! Ne devrait-on pas se limiter à un entraînement dans ce que chacun sait faire ? Nécessité donc de différencier là aussi  ?

     

    L’école attend curieusement de la part des élèves, le soir,  une autonomie qu’elle enseigne assez peu dans le cadre de la classe.

     

    Mais, j’ai peut-être tort, et sachez-le, moi aussi je fais parfois le contraire de ce que je dis !

     

    Bon , on pourra toujours relire De Vecchi pour poursuivre cette réflexion, ou encore lire ici une expérience

    Devoirs, mais qu'est-ce qu'il faut faire ?

    http://ecolededemain.wordpress.com/2013/12/09/une-ecole-sattaque-aux-devoirs-et-ameliore-ses-resultats-avec-le-carnet-dapprentissage/

     

    Devoirs, mais qu'est-ce qu'il faut faire ?

    http://www.cndp.fr/bienlire/02-atelier/document/dossier_devoirsmaison.pdf



    [1] De mémoire , donc à contrôler

    « Empathique ou Sympathique ?Les micro-changements »

  • Commentaires

    1
    Frantz 31
    Dimanche 23 Novembre 2014 à 19:02

    Un bel article sur un sujet polémique.J'aime le ton.Loin de l'agressivité de certains sur le sujet. Le développement sur la difficulté d'apprendre une leçon me convient bien. Bonne argumentation.

    2
    Frantz31
    Dimanche 23 Novembre 2014 à 19:15

    Lorsque je ne donne pas de travail le soir, je retrouve quelques parents de ma classe dans le rayon périscolaire de Cultura en train d'acheter des cahiers du soir! Et pas qu'un! Pour des élèves qui n'en ont pas vraiment besoin. Tandis que ceux qui auraient besoin d'aide se calent devant la télé, avec des programmes pas pour eux...

    Alors pour ne pas creuser les écarts, je donne un peu de travail , trois opérations, un exercice que l'on aura fait en classe le matin. Ça doit durer au max 20 minutes.Ça évite la démesure de certains parents, et ça ne pénalise pas trop les élèves qui ne peuvent se faire aider.

    3
    ChristianDucass
    Lundi 1er Décembre 2014 à 15:35
    ChristianDucass

    Merci pour ce billet un brin polémique surtout dont la manière dont il nous oblige à réfléchir sur nos pratiques. Etant seulement parent, j'ai pu voir à quel point dans l'imaginaire collectif absence de devoir = fainéantise =échec tout comme évaluation=émulation.

    On oublie seulement le nombre d'heures d'enseignement quotidien des enfants. Devons nous fabriquer des bachoteurs dès le primaire et entériner le système de sélection actuel ? Pas si sûr.

    Enfin on a tendance à oublier les différences de niveau pour les devoirs. Ce qu'un enfant  fera en 20 minutes ou moins, un autre pourra bloquer pour différentes raisons pendant 40 ou 60 minutes. Malheureusement les parents ne trouvent pas les bonnes clés car ils ne sont pas "enseignants"

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