• Inclusion, oui mais...

    Le sujet est douloureux... L'aborder avec toute la délicatesse nécessaire, poser des questions plutôt qu'apporter des réponses définitives! 

    Le sujet est tellement sensible qu'on n'ose l'aborder que dans la confidentialité de nos salles des maîtres: ne pas prendre le risque de se montrer "insensible" , d'être pris en défaut de ce qui nous a mené ici et maintenant dans ce métier ... un humanisme revendiqué. 

    La loi du 11 février 2005 (...) renforce les actions en faveur de la scolarisation des élèves handicapés avec un droit pour chacun à une scolarisation en milieu ordinaire au plus près du domicile, à un parcours scolaire continu et adapté..."

    Vous l'savez, chers twit'amis, je suis enseignant spécialisé, au coeur de cette problématique. Je crois fondamentalement à l'éducabilité que je constate chaque jour dans mon métier , chacun peut progresser et notre devoir d'enseignant humaniste, c'est de créer les conditions du progrès optimal...

    Tout repose, vous l'aurez compris, sur ces conditions optimales du progrès: quelles sont-elles ? Y-at-il une réponse unique ?

    Je suis à la fois, philosophiquement, éthiquement pour l'inclusion, mais ne peux ignorer les obstacles auxquels certains de mes collègues de classe se heurtent, parfois douloureusement... "

    À se demander, parfois, si l'inclusion n'est pas plus négative que positive, pour la classe, le maître, la famille, l'enfant lui-même... 

    Marcel Rufo, dans "Tu réussiras mieux que moi" évoque cette problématique ...

    "La politique d'ntégration (....) exige des moyens complexes et coûteux: former les enseignants, obtenir l'acceptation des parents des autres élèves, s'intéresser aux écoliers qui vont accueillir l'enfant en situation de handicap, surveiller la bonne évolution et l'intégration de ce dernier en milieu naturel. Il faut des soutiens, tels ceux d'une institution spécialisée qui recevrait à temps partiel ces enfants handicapés parallèlement intégrés à l'école. Le temps partiel est une solution. Il éviterait à l'enseignant d'être focalisé sur l'enfant handicapé et de négliger des élèves "banals" qui risqueraient de se retrouver ultérieurement en difficulté. Cela requiert un consensus social et pédagogique, concernant l'hypothèse que les enfants normaux ayant bénéficié de l'intégration d'un enfant handicapé dans leur classe accepteront plus facilement le handicap dans leur vie d'adulte."

    Une classe accueillant un enfant handicapé doit faire de l'intégration (on parle maintenant d'inclusion) un objectif pédagogique prioritaire pour l'année... et parfois "mettre  en sourdine les apprentissages traditionnels". Tout le monde y-est-il prêt ? 

    "Les enseignants sont-ils suffisamment formés pour accueillir des enfants porteurs de pathologies diversifiées dont ils n'ont jamais entendu parler durant leur cursus universitaire ? "

    "Qu'en est-il de la formation des agents d'intégration? Il s'agit souvent de personnes en situation de précarité qui aident les enfants en situation de handicap. Comment peut-on imaginer que la précarité puisse contribuer à la prise en charge de l'enfant handicapé?"

    "Le tout intégration est-il véritablement possible? N'est-ce pas une utopie?  La MDPH est un organisme susceptible de gérer une orientation à l'issue de tests et d'entretiens vers un institut adapté, où des enseignants spécialisés aideront les enfants à progresser en petits groupes. Un accompagnement est préférable au maintien illusoire dans un système d'apprentissage inadapté. Je m'oppose à la pensée dominante qui veut qu'on laisse à n'importe quel prix "une chance d'intégration" à ces enfants. Je comprend qu'on rêve en tant que parents d'une scolarité normale pour son enfant - alors même qu'elle est impossible - mais l'intérêt supérieur de l'enfant nest-il pas d'être en situation de faire, plutôt que de rêver à ce qu'il pourrait y faire ?"

    Même si on peut le comprendre, il est parfois difficile d'accepter le refus répété d'orientations CLIS ou  IME par les familles, alors que nous constatons chaque jour à quel point ces enfants peuvent être parfois en souffrance, malgré tous les efforts des enseignants qui cherchent à adapter dans le contexte de classe: "Quoiqu'il arrive, on doit avancer dans le programme!" disent les enseignants. 

    Rufo pose là des questions que nous nous posons tous, partagés entre humanisme et réalité de ce que nous savons faire, culpabilisés parfois de ne savoir faire face.

    Alors inclusion, oui ... 1000 fois oui, mais à certaines conditions:

    - un encadrement, de l'enseignant à l'AVSI, formé et accompagné, ...

    - des effectifs allégés dans certains cas,...

    - une inclusion dans les meilleures conditions possibles, ce qui peut signifier dans une école de proximité, mais pas nécessairement la plus proche ! Il peut en effet arriver que certains handicaps (troubles engendrant des problèmes comportementaux...) peturbent gravement une classe déjà difficile (renvoi en miroir). Certaines classes sont plus en mesure d'inclure que d'autres !

    Quand le handicap est déclaré, les choses sont toujours plus faciles, l'isolement de l'enseignant moins grand, la scolarisation adaptée... 

    Mais l'école primaire est en début de chaîne... De l'alerte à la prise en compte, les temps sont souvent très longs, et ces temps sont les plus difficiles à gérer! 

    Le cheminement par la famille vers l'acceptation de la difficulté est parfois long et douloureux. Nous n'avons pas toujours les bons mots aux bons moments, malgré toutes les précautions prises. Quand il y a refus  de toutes les aides et/ou orientations proposées, alors nous sommes bien souvent démunis, confrontés à un cas de conscience: que devons-nous faire ?  


    Inclusion, oui mais...Bon, j'espère ne pas avoir dénaturé les propos de m'sieur Rufo; extraire des passages est toujours risqué. Mais s'il tombe sur ces lignes et s'il le juge ainsi, alors je retirerai ce billet... Mais le mieux, c'est encore de le lire! "Tu réussiras mieux que moi." M. Rufo, ED. A. Carrière

    Inclusion à tout prix

     

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