• L'équipe, possible ou impossible

    L'équipe, possible ou impossible

    « L’école est une, quel que soit le nombre de ses maîtres, et tout enseignement est une collaboration : collaboration des maîtres entre eux en vue de la formation intellectuelle et morale de l’enfant ; collaboration des maîtres et des familles. Il n’est pas de conception plus fausse, plus étrangère à nos principes d’égalité et de bonne confraternité que celle qui maintiendrait le directeur et ses adjoints dans un isolement mutuel, le premier concentrant en sa personne toute la vie administrative et pédagogique de l’école, les seconds réduits à une obéissance étroite et bornant leur activité à enseigner suivant des méthodes et des principes acceptés sans discussion et sans foi, et imposés d’autorité. L’unité ainsi obtenue frapperait par avance l’enseignement de stérilité : pour être féconde, l’harmonie doit être faite de l’accord de toutes les bonnes volontés s’employant à l’œuvre commune. »

    circulaire du 15 janvier 1908, via l’instituteur au début du XIXe siècle (Pérochon)

     

    Curieusement le sujet reste posé de la même façon au moment où j’écris ces quelques lignes… plus d’un siècle plus tard !

    Mais pourquoi faut-il travailler en équipe ? Qu’avons-nous à y gagner ? Et les élèves ?

    Par expérience, clarté cognitive oblige, je crois que les gens ne s’engagent avec énergie dans un processus que s’ils en comprennent le sens et s’ils ont finalement le sentiment d’y gagner quelque chose !

    Tout l’enjeu se situe donc là : comment faire pour donner le sentiment du gain à chacun des collègues qui se plaignent souvent des réunions sensées gouverner le travail collectif!

    « On y perd son temps, on a bien autre chose à faire… »

    Ce sont souvent les mêmes qui s’auto congratulent - « Nous formons une équipe ! » - la plupart du temps sur des bases morales. La solidarité est la valeur la plus souvent mise en avant par les collègues questionnés sur ce qui caractérise une équipe.

    Personnellement, le mot « équipe » me renvoie systématiquement aux sports collectifs qui furent longtemps mon objet d’enseignement: une équipe, c’est un ensemble de personnes réunies pour jouer ensemble, appliquant les mêmes règles institutionnelles dans un but commun : gagner le match. Comme les joueurs sont animés par la même volonté de battre l’adversaire, ils vont se répartir les rôles, sur la base de leurs compétences respectives et complémentaires, agir de façon coordonnée… Le parallèle s’arrête là, car en sport co, l’entraîneur est aussi sélectionneur et dépositaire d’un pouvoir que le Directeur n’a pas !

    Ce qui fait une équipe, c’est donc avant tout un PROJET !

    Pas d’équipe sans projet !

    Le projet de gagner au rugby, la volonté de faire progresser les élèves quand on est à l’école.

    Oui, oui, vous avez bien lu : faire progresser les élèves ! Je n’aime pas la formule « faire réussir les élèves ! » utilisée sans précaution, sans même  définir ce qu’on entend par « réussir » 

    Formule productrice de bien des désillusions dans notre société de consommateurs.

    « Réussite » vient de l’italien « uscita » … issue, sortie ! Réussir, ce serait alors s’en sortir, sortir de sa condition…

    Passer d’un état à un autre : de l’ignorant au savant, de l’impuissance à l’action, du non pensant au pensant, de l’échec à l’expérience de la réussite, du non lecteur au lecteur, …

    La réussite pour tous ou pour chacun selon les époques, dans cette  perspective, rejoint ma propre formule qui met en avant la notion d’éducabilité : les progrès sont possibles pour chacun !

    Mais cessons de finaliser les actions de l'école par des slogans publicitaires encourageant toutes les dérives consuméristes : la réussite ne doit pas devenir un droit exigible faisant oublier qu’elle est d’abord le résultat d’une alliance entre la famille et l’institution, dans un partage de responsabilités identifiables.

    Il faut travailler sur cette alliance !

     

    Bon, je vous entends d’ici, chers et rares lecteurs , m’opposer vos arguments behavioristes: pas besoin de projet local, tout juste bon à faire perdre du temps dans un formalisme inopérant. Le projet, c’est celui qui est fixé par la Nation, c’est celui de l’école et de ses programmes…  Inutile de nous réunir pour ça ! Il revient à chacun d’opérationnaliser, chaque année qui s’ajoutent les unes aux autres, les directives nationales ! Si chacun fait bien son travail, alors la somme des bonnes volontés devrait suffire !

    On sait que la somme des bonnes volontés ne suffit pas. Si tel était le cas, ça se saurait et l’école ne serait pas confrontée aux difficultés actuelles !

    « On est plus fort tout seul quand on est plusieurs ! »

    Cette formule Vygotskienne est transférable à l’équipe pédagogique.

    Coordonner les efforts des uns et des autres sur des compétences leviers qu’il reste à identifier… faire ensemble un travail d’analyse des difficultés, poser des hypothèses sur les besoins, choisir des actions coordonnées pour éviter la dispersion et les initiatives individuelles qui reposent parfois sur des envies , des goûts personnels … 

    Les leviers en cause ne manquent pas : le langage, la pensée et la conceptualisation, la construction du nombre, les obstacles à la compréhension d’un texte lu, etc. …

    Partir de constats, sans négliger les ressentis ou les impressions… Cette phase d’analyse doit être authentique, interne au groupe, si possible accompagnée d’apports théoriques et méthodologiques venus au bon moment de l’extérieur !

    Un rôle d’accompagnement des équipes de circonscription ?

     

    La définition du projet qui liera le groupe

     

    Bon, je sais , je sais… le seul mot de projet donne de l’urticaire au monde enseignant ! C’est sans doute le résultat du formalisme institutionnel qui, dans une première volonté compréhensible de diffuser les « bonnes pratiques » - terme impropre s’il en est -  et une formation à un moindre coût, a imposé aux équipes un guidage, un cadre très contraignant pour les projets d’école !

    En balisant son élaboration, en fixant des axes obligatoires de travail, on a conduit parfois les écoles à des contorsions dont le seul objet était l’obtention de la conformité : la forme a prévalu sur le fond ! Les projets d’école se limitent souvent à des déclarations d’intentions que les acteurs investissent ou non !

    Les projets disparaissent ensuite souvent au fond du tiroir, ressorti à  l’occasion d’une inspection. Quand une inspection s’annonce, branle-bas de combat : où est le projet d’école ?

    Une fois la démarche de projet comprise, c’est l’AUTHENTICITÉ  qu’il faut rechercher avec le groupe, et le rôle du directeur est ici tout à fait fondamental, à la fois en termes pédagogiques et managériaux !

    Comment conduire l’analyse collective? Quels indicateurs choisir ? Quelle hiérarchie des priorités, sur quels besoins, sur quelles hypothèses  ? 

    L'équipe, possible ou impossible 

    Si cette première phase classique dans une démarche de projet est généralement assez consensuelle, la suivante qui consiste à choisir une stratégie l’est beaucoup moins : phase de tension dans le groupe, temps des résistances sur des ressorts qui ne sont pas toujours  professionnels , mélange d’intérêts personnels,  de sentiment d’équité, de divergences sur les moyens,  … !

    Cette phase est en effet lourde de conséquences pour les membres du groupe, en termes de répartition des moyens, de priorités retenues susceptibles de limiter… la liberté pédagogique ! 

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