• Le directeur et l'inspecteur

    Le directeur et l'inspecteur« Le véritable chef, c’est l’inspecteur de l’enseignement primaire que l’on appelle plus simplement, et pour le faire enrager, inspecteur primaire. (…) L’inspecteur nouvellement promu, quelle que soit son origine, et alors même qu’il n’aurait jamais mis les pieds à l’école primaire, cet inspecteur sait faire la classe. Il sait la faire ! Si, d’ailleurs, par impossible, il ne le savait pas, il l’apprendrait au cours de ses pérégrinations, en observant les instituteurs qui arrivent aux meilleurs résultats. Et, enfin, on ne lui demande pas de faire la classe, après tout ! On lui demande de juger ceux qui la font. (…)

    Ils (les inspecteurs) font leur métier. Ainsi, les vieux maîtres ont-ils, au cours de leur carrière, reçu les instructions les plus variées. Tel chef faisait de la grammaire le pivot de tout ; pour son successeur, l’enseignement expérimental des sciences avait une autre importance ! Celui-ci, emballé devant le calcul mental, aurait prescrit porte-plumes et crayons, s’il n’avait un beau jour découvert le calcul mental  « écrit ». Celui-là mettait au premier plan l’enseignement historique. Pour d’autres, la grosse affaire était l’organisation des cours d’adultes, ou la mutualité, ou l’écriture droite, ou la psychologie expérimentale, ou l’antialcoolisme, ou le chant, ou le dessin… ou bien, ou bien … on n’en finirait pas !

    Tout cela est assez inoffensif, car à la fin du compte, cela ne change pas grand -chose dans la vie de l’école ! »

    Ernest Pérochon 1927, L'instituteur au début du XXe siècle

     

    Amusant, non ?

    N’entendait-on pas les mêmes discours (réducteurs, ce n'est qu'un extrait !) , il n’y a pas si longtemps dans les écoles ? Mais les choses ont brutalement changé, sans doute parce que les inspecteurs, tout comme nous, n’ont plus le temps de se laisser aller à leurs marottes, tant ils sont occupés par les urgences qui se succèdent à un rythme effréné et par une complexité toujours plus grande !

    Les conceptions même du management ont évolué, se sont « américanisées » … Mise en avant de la notion d’équipe, valorisation du projet local (d’école), appel à la créativité et à la responsabilité individuelle au profit du projet collectif,  constat des limites de la verticalité descendante en formation, au profit de l’horizontalité ou d’une verticalité ascendante, …

    Constat aussi d’une souffrance au travail de plus en plus répandue dans les écoles dites « difficiles » , prise en compte du risque accru de "burn-out", nouvelle conception du concept d'autorité, volonté de libérer les capacités créatives, d'encourager l'initiative ? 

    Dans "autorité" n'y a-t-il pas aussi "autoriser à" ? 

    Bref les relations entre l’inspecteur et les inspectés semblent en cours de mutation !

    Mutation amorcée, mais jusqu’où ?

    Partir des enseignants tels qu’ils sont – avec leurs bagages pédagogiques et didactiques -  les mettre en synergie, pour réfléchir aux besoins de leurs élèves au regard des priorités nationales, pour imaginer des réponses adaptées, pour faire état d’un besoin de formation ciblée sur les priorités retenues localement, ...

    L’inspecteur assurerait alors un accompagnement bienveillant, en cherchant à alimenter la réflexion des équipes, en participant à l’analyse des besoins et à la recherche de possibles, en proposant des outils, en essayant de donner aux équipes  les moyens de se réunir, d’échanger, de confronter (remplaçants à certains moments par exemple)… sans chercher à imposer à tout prix des solutions réfléchies ailleurs ! 

    Rendre les équipes actrices de leur professionnalisation, dans le cadre des priorités nationales, of course , en bousculant ou en dérangeant parfois ! On peut se le permettre dès lors que l'on travaille sur le même chantier !

    Personnellement, je cherche à ouvrir nos instances de réflexions (conseils des maîtres)  sur l’extérieur : l’IEN et son équipe de circonscription, des formateurs (en didactique des disciplines, par exemple), des personnes ressources (en communication, par exemple), … tant je suis convaincu par la nécessaire articulation entre horizontalité et verticalité! 

    Plus grande autonomie des établissements , mais avec, à la clé, plus de responsabilités ?

    La « liberté (encadrée) » a un prix ! 

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