• Les temps de l'enfant et ... ma ville.

    Les temps de l'enfant et ... BELFORT.

    Ça y est, on a des informations sur ce qui pourrait (devrait?) se mettre en place l'année prochaine... Je vous propose de questionner le sujet "pédagogiquement", à la lumière du changement proposé!

    Les élèves auraient classe 5 jours par semaine, de 8h30 à 11h45 (8h30-11h30 le mercredi) et de 14h à 16h.

    L'amplitude journalière diminuerait donc pour nous de 45 minutes (15' le matin et 30' le soir) et la pause méridienne resterait identique avec 2h15.

    Les enfants pourraient être accueillis à partir de 13h30 en garderie, et après 16h sur des dispositifs périscolaires (études surveillées, ateliers, ...)

    Les APC (Activités Pédagogiques Complémentaires) reviennent à l'initiative des équipes  pédagogiques. Plusieurs formules sont possibles: deux fois 30' pendant l'heure de midi ou après 16h, une fois 1 h de 16h à 17h , ...

    Nous ne savons pas encore quelle sera la durée des activités périscolaires du soir !

    ...

    Les temps de l'enfant et ... BELFORT.

     Tout d'abord, rythmes scolaires ou temps de l'enfant?

    Je constate à quel point les initiatives ponctuelles ont un effet limité.

    Il n'y a qu'à prendre en exemple les problèmes liés à la maîtrise de la langue française. Nous multiplions depuis quelques années les initiatives locales pour améliorer ce que nous considérons comme une compétence levier pour la réussite scolaire! Travail sur le lexique, sur la langue en réception et en émission, ... avec un effet très limité, en particulier sur certains (pas tous) des élèves dont l'un des parents n'est pas francophone. Travailler en même temps sur la valeur positive du bilinguisme, sur le conflit de loyauté, sur la richesse de la multi-culture, ...

    Il faut, dans ce domaine, oeuvrer de façon systémique: à l'école, mais simultanément en direction des familles! Toutes les structures péri et extra-scolaires devraient se saisir en même temps de ces problématiques.

    Il en est de même pour le temps scolaire...

    On ne peut penser le temps scolaire sans poser la question des temps de l'enfant , de la qualité de tous ces moments passés dans, hors ou à côté de l'école !

    La réflexion sur les rythmes scolaires doit s'accompagner d'une politique globale, d'initiatives touchant aux différents espaces et temps de l'enfant, scolaires, familiaux, périscolaires, extrascolaires,... 

    On ne peut parler de fatigue à l'école sans poser la question du sommeil et donc du temps familial!

    On ne peut parler de fatigue sans évoquer la nécessaire qualité des temps juste avant et juste après l'école! Temps de "re-création", sas d'évacuation des soucis personnels permettant aux enfants insécures*, de plus en plus nombreux, de s'engager dans les apprentissages.

    Les temps de l'enfant et ... BELFORT.On ne peut parler fatigue sans parler de l'amplitude d'une journée! Il suffit pour s'en convaincre, d'observer une récréation d'étude, le soir à 16h30! 

    Peut-on parler de fatigue, sans évoquer la question très "contreversée" des devoirs du soir ?

    Alors? 
    Alors on voit bien que la modification des "horaires" n'est qu'un (petit) élément d'un tout, et qu'il faut ouvrir tous les chantiers, en particulier, celui de la qualité des temps qui touchent l'école! Question de moyens humains, de formation, ... Mais ce sera déterminant!

     À propos du passage à 5 jours...

    "Dépêchez-vous !

    "On ne peut plus rien en faire après la récré !

    Le passage à 4 jours a mis tout le monde en crise de temps! De la pression temporelle à la pression des élèves et des enseignants! Autant de contenus, en moins de temps! Et on espérait faire mieux !

    Le retour à 5 matinées redonne du temps efficace pour les apprentissages, qui peut le contester ?

    Mais 5 journées consécutives avec des amplitudes toujours importantes, n'est-ce pas prendre le risque d'hypothéquer les effets attendus en terme de fatigue et d'attention?

    J'ai déjà eu l'occasion de le dire, je suis, je reste favorable au samedi matin, et pas pour des raisons personnelles! Tous les chronobiologistes (dans l'état actuel de mes lectures) sont favorables à cette solution qui a  l'avantage de limiter la déstructuration du lendemain de week-end.  Le calme apparent du lundi matin cache en fait une mise en route difficile, peu propice aux nouveaux apprentissages ! Hé oui, les familles ne jouent pas le jeu, et les élèves se couchent tard, deux voire trois soirs de suite !

    Des chronobiologistes se sont ralliés au mercredi pour des raisons pragmatiques, sociétales... Si le problème était d'ailleurs passé au seul filtre de l'efficacité des apprentissages, on proposerait des semaines de 6 matinées d'école, réparties sur une année scolaire plus longue! Pas envisageable! 

    ...

    Les temps de l'enfant et ... ma ville.Fatigue et Attention ne sont enfin, pas seulement une question de temps, c'est aussi (surtout?) une question de pédagogie, et  donc de formation des maîtres ! Retour à une formation digne de ce nom ?

     À propos des temps de la journée...

    Allonger la matinée, diminuer l'après-midi ... Bonne idée sur le fond !

    Les  Activités Pédagogiques Complémentaires viennent malheureusement  contrarier cette avancée, pour une efficacité sujette à caution, surtout si on se limite à des temps trop courts ! Et si on les supprimait, pour redonner du temps aux équipes, et enlever de la complexité à une organisation qui risque déjà d'être bien difficile ?

    ...

    Les temps de l'enfant et ... ma ville.La reprise des cours à 14h répond, me semble-t-il, à une double préoccupation: d'une part une nécessité matérielle (il faut que les enfants aient le temps de manger en deux services) et d'autre part un objectif visant les apprentissages !
    Cette demi-heure (entre 13h30 et 14h) , pourrait devenir, selon Hubert Montagner un "temps sujet de remise en route de la vigilance, de l'attention et de la mobiisation des ressources intellectuelles, et aussi un temps de restauration minimale d'un sentiment de sécurité affective pour les plus insécurisés",  histoire de favoriser l'engagement de tous dans leur métier d'élève (apprendre), dès l'entrée en classe !


    Re-bonne idée! Mais des intentions aux réalités, chacun sait que la route est longue! Tout repose sur la capacité à faire de ces instants des temps appropriés, avec des espaces pertinents et du personnel formé à cette problématique! Chacun est bien conscient que ces temps collectifs suivis d'une reprise plus tardive pourraient vite être plus négatifs que positifs pour la suite de l'après-midi!

    Seule l'expérience nous le dira! Il y a là, en tout cas, un enjeu fort!

    ...

    Si on ajoute à ces réserves, la question du temps de la maternelle et de la sieste, on comprendra que ma position aurait été plus... "prudente". Un pause méridienne plus courte, une sortie plus tôt dans l'après-midi, en attendant d'être en mesure de proposer un temps de qualité, fidèle aux intentions...  Avancer pas à pas !

     Et les parents, les enseignants dans tout ça !

    Le monde enseignant est fortement divisé sur le sujet: des éléments parasites, mais respectables, viennent perturber le débat !

    Cette réforme touche à la vie personnelle des enseignants et des parents. Comment reprocher à cette jeune maman enseignante de chercher à quitter son école ? Avec ses enfants scolarisés dans une commune qui n'applique pas la réforme cette année, elle voit sa vie quotidienne se compliquer et son pouvoir d'achat amputé d'une somme conséquente (transports, gardienne, ...) . On peut comprendre, sans parler de "petits intérêts" , son manque d'enthousiasme.

    D'autres osent à peine évoquer la possible fatigue supplémentaire occasionnée par 5 jours consécutifs de classe, sans diminution notable de la durée journalière! L'enseignant partage avec l'élève le centre du système, et sa fatigue (physique, nerveuse) doit bien être une préoccupation de nos décideurs! Elle participe à l'efficacité de son enseignement: si l'élève doit pouvoir être vigilant, l'enseignant doit pouvoir être disponible ! Je sais ce dernier argument peu convainquant pour certains: sans doute n'ont-ils aucune idée de l'énergie déployée par un instit pour que ses élèves apprennent... malgré tous les empêchements.

    Là encore, seule l'expérience nous le dira ! Mais ce n'est pas faire injure au bon sens que de poser la question de l'enseignant !

     Et la mise en musique ?

    Les temps de l'enfant et ... BELFORT.Il y a, dans ce projet, des avancées que je trouve positives, je crois les avoir évoquées. Il y a aussi des réserves et des points d'inquiétudes, parmi lesquels...  la complexité d'organisation de certains temps,  comme la sieste en maternelle (avec un risque de baisse de fréquentation) ou les transferts de responsabilités entre l'école et les ateliers péri-scolaires. Cette responsabilité reposera principalement sur les épaules du Directeur d'école déjà débordé, qui aura fort à faire pour éviter tout risque de ruptures de surveillance! 

    Un coordonnateur municipal par école deviendra indispensable: c'est lui qui devra accueillir les élèves, les ventiler entre les différents ateliers, contrôler les présences, appeler les familles en cas d'absence imprévue,  ... Le chantier de la clarification des responsabilités est à ouvrir en urgence: qui sera responsable de quoi et de qui ? 

    Ce dernier questionnement est terre à terre, mais ne le balayons pas trop vite! C'est une des conditions de la réussite du dispositif !

    Alors?

    Alors, il y aurait encore 1000 choses à dire (écrire), mais tout (et son contraire) a déjà été dit ...

    Tout changement s'accompagne de résistances et d'inquiétudes...  "Il n'y a que les fols certains et résolus", mais le doute ne doit pas empêcher d'agir! Et en même temps, je ne peux m'empêcher de penser que le temps de l'école s'accommode mal du temps politique: là où l'école a besoin de temps et de durées, la politique doit aller vite !

    Rappelez-vous, j'ai peut-être tort ou rien compris, et vous allez me convaincre du contraire !

     *enfants insécures : "enfants qui vivent dans une insécurité affective, qui sont en déficit de confiance et sans estime de soi."

    On pourra lire à ce sujet , Un article du CRAP : "Le temps, les rythmes et la sécurité affective de l'enfant, fondements obligés de l'aménagement du temps scolaire"

    Mais aussi... Claire Leconte

    « Le directeur, ou la directrice ...J'adore les malentendus de Jack »

  • Commentaires

    1
    Jeudi 9 Mai 2013 à 09:56

    Moi ça m'intéresse pour avoir une vision d'ensemble de ce qui va se passer en France....

     

     

    2
    C. Guerrieri
    Samedi 11 Mai 2013 à 10:39

    Bonjour, j'aime beaucoup ce billet qui met vraiment bien en lumière les avantages et désavantages sous un angle pragmatique.

    Pour moi, enseignante du secondaire, qui regarde d'un oeil un peu détaché la question (un peu mais pas trop: l'enfant du primaire d'aujourd'hui est l'adolescent du secondaire de demain), je ne peux comme toujours que m'extasier du choix du rythme journalier que le PE a. Bien que soumis à un programme (comme nous le sommes) et à certaines dimensions pratiques, vous avez l'amplitude de la journée pour répartir vos activités selon le rythme qui convient le mieux à l'enfant. Sans doute que l'herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin.

    Mais combien de fois ai-je déploré d'avoir cours de 12h à 13h avec des élèves qui sont déjà en classe depuis 8h? Combien de fois ai-je vu un ou deux élèves au regard vitreux de 13h à 14h? Mais hélas, comment faire? Si j'essaye de répartir mes activités en fonction des horaires, cela devient vite mission impossible: je suis prisonnière de mes 50 minutes allouées, sans guère de modifications possibles, par une équipe de direction qui a 32h de cours par semaine à caser comme elle peut! Si je ne fais pas telle activité un peu exigeante le jeudi de 13h à 14h, puis-je la caser le lundi matin de 8h à 9h? Non plus. Le vendredi de 11h à midi alors? Non plus. Et puis il y a une progression naturelle des séances. Je laisse les élèves aller à leur rythme: telle séance arrive quand elle arrive. Et si c'est sur un mauvais horaire, tant pis. J'ai sacrifié la capacité d'attention à la progression pédagogique.

    A quand une réflexion sur les rythmes des lycéens? Le temps de sommeil de l'adolescent est et a toujours été en décalage avec les rythmes scolaires imposés. A quand la réduction des vacances pour répartir les semaines selon un rythme qui leur serait plus profitable?... Et à nous aussi probablement. Moins d'heures par semaine? Cela me laisserait peut-être plus de temps pour les copies. De toute façon, ce n'est pas avec mon salaire, le crédit de mon appartement et le coût de la vie que je peux partir deux semaines à chaque vacances ;)

    3
    thomm
    Samedi 11 Mai 2013 à 11:55

    Beau résumé. Je partage les mêmes doutes et suis pour un retour du samedi matin également.

    4
    Dimanche 12 Mai 2013 à 05:50

    Je pense en effet que les questions de l'attention... et de la fatigue trouve(ront) des solutions essentiellement dans le pédagogique  > alternances (toutes), répartition des temps, ... Mais la pression temporelle mise ces dernières années sur l'école a repousssé au second plan ce type de problématiques: tendance à la succession de "leçons transmissives et frontales - exercices", toute la journée parfois, et tous les jours.

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